Voyage en Alsace à Mothern

Vendredi soir

 

Arrivée en ordre dispersé des fanfarons, à pied, à cheval ou en voiture à Mothern, joli village aux maisons blanches à colombages sagement rangées le long de ses deux routes et du ruisseau Kabach qui se croisent à la « Wacht » - le cœur du bas-Mothern.

 

Train's start

Il y a la voiture des Bretons, celle des roannais, celle de D. L. venu de ses Vosges natales, et dix usagers du rail (pas si usés et pas si âgés) répartis dans plusieurs familles.

 

Strasser's diner

Nous nous retrouvons tous les 21 au 13 de la route du Rhin chez papa et maman Strasser (François et Joséphine) pour une bonne soupe et un solide repas avant d'ouvrir le bal.

 

En allant à pied et en pétassous à la salle des fêtes toute proche, nous faisons nos premières rencontres avec les déguisés. Ils circulent par petits groupes, souvent à trois, et vont de maison en maison se faire payer des coups à boire, chanter des chansons, raconter des bêtises – il suffit de laisser une lumière allumée pour qu'ils se sachent invités chez vous.

 

Poum's was here

Up Up and Go

Les filles et les dames sont entièrement masquées, gantées, les cheveux dissimulés par une perruque et une cagoule, et parlent avec des voix contrefaites. On dit qu'à Mothern pendant le carnaval la femme peut partir de chez elle et découcher pendant une semaine sans que le mari n'ait rien à redire. Et effectivement le moins qu'on puisse dire c'est qu'elles ne sont pas farouches et qu'elles n'hésitent pas à inviter à danser les messieurs qui leur plaisent, et contre qui elles se serrent langoureusement... C'est peut-être ça le « Damewahl », le « choix des dames » ? C'est très mystérieux, impossible de donner un âge à ces créatures qui nous font sacrément fantasmer, nous les hommes, et dont nous ne voyons que les yeux qui brillent derrière le loup rouge à voilette qui leur cache le visage. Ambiance carnaval de Venise, au XVIII° siècle...

 

Super Repus

Beaucoup d'hommes sont aussi masqués et perruqués, et le restent même à l'intérieur, ce qui doit les faire ruisseler de sueur. Le thème de la vieille grand-mère rigolarde revient souvent, celui du pirate aussi, ou du vieux paysan à bretelles, ou du clown...

 

Nous jouons assez tôt et pas très longtemps, le public est encore clairsemé, et ne manifeste pas un intérêt prodigieux pour la fanfare. Il n'est pas venu là pour ça.

 

Danse et valse dame

La soirée est animée par un DJ allemand qui passe d'excellentes musiques à danser, la plupart des morceaux nous sont inconnus. Il n'y a pas trop de monde, peut-être 300 personnes, les trois bars sont pris d'assaut par les biéreux. Au moins un tiers du public est déguisé. L'acoustique de ce bâtiment tout neuf est elle aussi excellente.

 

Guggen heim!

Vers minuit débarque une horde de Guggenmusik, ils sont une bonne vingtaine de cuivres, que des embouchures, pas un seul suceur de roseau, et jouent très fort le thème à l'unisson, l'arrangement se limite à un tapis de blanches, avec la grosse caisse sur tous les temps. Je suis déçu, il n'y en a qu'une seule... La section des percussions comporte aussi un glockenspiel. Ils ont tous la même tenue vaguement métal,

Color or not color

avec têtes de mort, grosses vestes de skai à col en fourrure, un des deux soubas est entièrement peint aux couleurs noires de l'enfer, et éclairé de l'intérieur

Glockenspiel

par une led rouge, brrr, ouh qu'on a peur !

 

 

C'est quoi, la Guggenmusik, me demandez-vous ? La première fois que l'Echo en a rencontré, c'était à Venise, lors du Carnaval – une cinquantaine de musiciens, magnifiquement déguisés (nous, nous étions déjà en pétassous), dont une section frontale de 8 ou10 grosses caisses au premier rang, on a fait une battle face à face sur une place, c'était chaud.

 

 

Sinon, wikipédia vous apprendra que, selon Daniel Milesi, le mot Guggenmusik vient de « Gugge », cornet en papier ayant la forme de certains instruments à vent. On en trouvait déjà au début du siècle passé dans les villes de Lucerne et de Bâle. Ces cliques rencontrèrent un vif succès dans les années cinquante-soixante, et de nouvelles Guggen se formèrent en Suisse romande et au Tessin. Au-delà des frontières suisses, on en trouve au LiechtensteinAllemagne, en Autriche, en France, et même en Angleterre. Leur but est de jouer au cours de carnavals, en général assez fort, avec des sons expressifs et bien timbrés. Bien que parfois accusées d'être anti-musicales, certaines guggenmusik sont des modèles de musicalité et d'arrangement. Le répertoire est composé de reprises de variétés, d'airs traditionnels ou modernes.

 

Les meilleures guggenmusiks jouent à peu près de cette façon : les trompettes divisées en deux ou trois parties avec beaucoup d'aigus, les trombones divisés eux aussi en deux ou trois parties rythmées et complétant l'harmonie. Les euphoniums jouent des contrechants ou des compléments harmoniques, ils peuvent aussi avoir des parties de chant afin de créer des jeux de nuances. Les souzas donnent l'harmonie en général et leur partie ressemble assez souvent à une partie de basse de variété. Les grosses caisses jouent des rythmes fixes sur une ou deux mesures et ressortent bien du groupe. Les batteries jouent une partie de variété améliorée avec beaucoup de rajouts souvent placés en équilibre et qui allègent la section rythmique. Les granits amènent une touche latino si nécessaire. De plus en plus de guggen composent leurs propres morceaux ou du moins les arrangent à leur manière. Comme Étoile des neiges, ou du ABBA, Stand by me, Marguerite, tous les grands classiques des répertoires de guggen romandes. En suisse allemande, les grosses formations n'ont pas de morceaux d'ensemble bien définis. Tout est basé sur des jeux entre pupitres; on rencontre quelquefois un solo de trompette ou de trombone au cours d'un morceau, mais ce n'est pas très courant.

Bref, faut aimer... Ce groupe-là venait d'un petit village de Forêt Noire. Ils ont quand même joué un très beau morceau assez lent en 6/8, très bien harmonisé, probablement un hymne, malheureusement écrabouillé par la grosse caisse.

 

Poum's King premier

Avec le DJ, la bière et les dames masquées aidant, les pétassous sont bien entrés dans la danse et dans la transe, ils se sont couchés tard, et certain(s) dans des états pas racontables, paraît-il, à ce qu'on m'a dit, mais peut-être n'est-ce qu'une rumeur... En rentrant, nous fraternisons avec un trio de déguisés bien allumés qui se rend au bal. Ils reviennent de leur tournée des maisons, l'un d'eux a un saxhorn, et demande à essayer le soprano de Boris – et il sait jouer !

 

A suivre ......                                                                                            vers la deuxième journée ------>

             

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