Carnaval de Mothern jour 4

Dimanche

Garage Band

Après le petit déjeuner sur la table de la cuisine, Odette, Philippe et moi nous allons nous promener jusqu'au bord du Rhin. Ciel couvert, vent frisquet, ça ne présage rien de bon pour l'après-midi... Une équipe du carnaval accroche les numéros des chars au bord de la route : il en a 46, sur plus de 500 mètres ! Ça va être kolossal...

François passe en voiture et nous amène visiter le barrage sur le Rhin et ses deux immenses écluses - deuxième incursion en territoire allemand, si ces mots ont encore un sens ici. Nous croisons des tracteurs et des chars qui convergent vers le village, qui commence à être entièrement barricadé (barrières, plots de bétons...).

Nous nous retrouvons tous au 13 de la route du Rhin, chez les Strasser, pour un petit filage avant défilé. Le garage de François nous sert de gabarit : percus devant, soubas au fond, et trois rangées entre les deux - d'arrière en avant, les gros cuivres (Daniel, Daniel, Marc, Jean-Michel), les sax (Gaëlle, Patrick, Sam, Emma, Boris) , la trompette et les clarinette (Nicole, Julien, Alain). Un drone observe notre répétition...

That\'s the cake !!

 

Puis nous nous installons à table pour un repas pantagruélique, c'est dimanche chez les Strasser et Maman Joséphine et Yolande ont mis les petits plats dans les grands. Rien que des bonnes choses : côtes de veau et légumes de toute sorte, dont beaucoup viennent du jardin, et pour conclure un fabuleux dessert (dont un énorme gâteau préparé par une autre belle-fille). J'ai l'impression que nous ne pourrons jamais jouer après tout ça...

 

Viaduc cigogné

Il est 14 heures, le soleil a percé les nuages et le ciel devient tout bleu quand nous nous installons derrière notre char- le n°2, celui de tête, juste derrière les deux "Bayass" qui ouvrent le cortège (ce sont des sortes de "paillasses" un peu rembourrés, masqués, avec le bonnet caractéristique de polichinelle). Nous sommes un peu en avance en nous en profitons pour faire un tour dans le cortège qui s'étend derrière nous : il a des chars magnifiques, dont certains avec des sono effrayantes (le char Haribo par exemple - le seul sponsorisé par une marque). Le char du moto-club est un énorme bateau de pirate construit avec des douves de tonneaux, avec sono embarquée alimentée par deux groupes électrogènes... D'autres sont plus petit, certains tirés par de simples motoculteurs, il y a même des remorques tractées par des vélo. Parmi les déguisements masculins, toujours beaucoup pirates et de grands-mères facétieuses (le masque est en vente à la boulangerie), une spécificité d'ici, qu'on ne retrouverait nulle part ailleurs en Alsace.

Le départ était prévu à 14h31, mais il faut déplorer un scandaleux retard de quatre minutes avant l'ébranlement du cortège. Notre pole-position nous protège longtemps du tonnerre des sonos, et du coup nous enfilons les morceaux sans beaucoup nous reposer. Et il faut suivre le tracteur, conduit par Rémy, dont l'embrayage un peu fatigué nous oblige à marcher assez vite... Tardy et sa grosse caisse ont trouvé place assise sur l'échelle à l'arrière du char.

Siège à grosse caisse

Sur le char, entre les piles du viaduc, la famille Strasser assure l'animation chorégraphique - Vincent et Sandrine sont déguisés en cigognes, d'autres sont en alsaciennes à coiffe, les petits complètent le bestiaire (John en brebis). Au deuxième tour, à nous de monter sur le char, mais il s'avère bien difficile d'y jouer, car les piles du viaduc nous empêchent de nous voir. Nous finissons donc à pied. Mine de rien, on a joué deux heures plein pot - moi tout seul à la trompette - sous le cagnard (il n'a jamais fait aussi beau et aussi chaud à un carnaval, de mémoire de mothernois). Nous croisons les grosses sono de l'autre côté du Kabach, avec des ribambelles de collégiens collés aux baffles. Plus de bière à la buvette du Wacht quand nous y passons ! Le succès dépasse les organisateurs... On parle de 4000 entrées payantes...

Une vidéo de L\'Xtrème

Les ombres s'allongent quand nous finissons notre deuxième tour. Nous restons devant le 13 route du Rhin pour voir passer le reste du cortège - il n'y a que deux fanfares à part nous, plus bandas que guggen, bien déguisées, dont celle du village. Je les suis un petit moment en lisant au-dessus de l'épaule d'une jeune trompettiste, mais la partition est trop réduite et je laisse vite tomber.

voir le site web de Mothern avec les photos des chars du carnaval

 

Pirates

Le défilé met une demi-heure à se terminer. On nous propose de monter sur le char des pirates du moto-club , pour rejoindre leur base, à deux kilomètres du village. Je fais remarquer aux Carons que c'est la deuxième fois que nous voguons ensemble sur ce type de vaisseau, après notre mini-croisière musicale dans le port de Bridlington en avril 2002 - juste après le décès de la reine-mère à 101 ans (nous ne pouvions pas jouer sur le sol anglais en raison du deuil national, mais rien n'avait été précisé pour les bateaux sur l'eau). Le local du moto-club (dont Christophe est le président) est juste à côté du circuit de motocross où sont organisées chaque année des courses internationales. Christophe est rangé des voitures, et sa moto est dorénavant suspendue en trophée au-dessus du bar, où le picon-bière coule à flot, servi par un alsacien qui se vante d'en avoir bu jusqu'à 26 dans la même journée (et ça se voit rien qu'à sa trogne). Moi au bout d'un seul la tête me tourne... Nous lançons quelques morceaux en pétassous avant de passer à table, l'ambiance est chaleureuse et j'ai bien aimé ces espèces de grosses quenelles de foie accompagnées de patates et de sauce au raifort. Un de nos hôtes (prénommé Marcel, je crois) a sorti son accordéon, nous le rejoignons sur "Mon amant de Saint-Jean" et la fanfare prend le relai pour conclure avec un Kustino d'Oro bien musclé.

Poum\'s encore puni et privé de sortie

La fatigue se fait sentir, personne n'a vraiment envie de retourner à la salle des fêtes, où se produit le même groupe qu'hier. Vincent organise une noria de voitures pour nous raccompagner dans nos maisons– et du coup nous avons à peine le temps de nous dire au revoir, car nous ne nous reverrons plus demain matin, en raison des départs échelonnés. Çà me fait bizarre, après tous ces bons moments passés ensemble, de se quitter comme ça... Boris et Sat ne veulent pas se coucher tout de suite, mais quand ils arrivent le bal est fini. Boris a croisé un groupe de jeunes, qui lui ont gentiment expliqué que, certes, pendant le carnaval les filles sont gentilles et accueillantes, mais qu'il fallait faire attention de ne pas en profiter pour semer le trouble (mais c'est peut-être une autre expression qui a été employée) dans le village.

Lundi matin,

Nous faisons nos adieux à la famille, François nous remet à chacun une bouteille de gnôle de coings, et l'adorable Maman Joséphine nous souhaite un bon retour « en France » - ce qui en dit plus long sur l'âme alsacienne que n'importe quelle étude anthropologique ou ethnographique.

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