Le voyage culturel en Roumanie jour 8

Jeudi 4 juin:

C’est aux premières lueurs de l’aube sur le parking de l’aéroport de Cluj-Napoca que nous laissons le groupe de Toulouse et le camion de Mégid, qui reprend aussitôt son chemin, et au lever du soleil que les neuf fanfarons restants débarquent chez Carla, la fille de Viorel, qui habite en ville dans un joli petit appartement où elle nous a préparé du café et des croissants, salés et sucrés. Nous nous installons tant bien que mal dans le salon, devant la télé qui diffuse une chaîne locale consacrée au folklore, et je pique par moment du nez pour des micro-siestes réparatrices, tandis que d’autres profitent du lit de Carla à tour de rôle et deux par deux pour de vrais dodos d’une heure.

A neuf heures, Carla part travailler, et nous reprenons le bus avec Viorel, qui veut nous faire visiter les mines de sel de Turda, haut-lieu touristique de la Transylvanie. Nous passons sous la colline dominée par la grosse maison où les premiers arrivants ont passé la journée de jeudi dernier en nous attendant, dans un froid glacial (contraste saisissant avec la chaleur d’aujourd’hui), avant de traverser un agréable paysage vallonné aux courbes douces et féminines.

L’entrée de la mine est située au fond d’une vaste dépression où stagnent des étangs bordés de jonc et de salicorne. L’eau en est salée, et c’est là que les curistes d’antan venait faire trempette pour soigner différentes misères physiologiques.

Un gentil guide nous conduit à travers les galeries supérieures de la mine, creusée dans une lentille de sel gemme de plusieurs kilomètres cubes. Les parois sont du sel quasiment pur, blanches striées de diaprures sombres, on dirait de l’agate normande ou des berlingots menthe-réglisse. On comprend que les mineurs et les chevaux qui travaillaient là ne faisaient pas de vieux os, rongés par le sel et l’humidité.

Après quelques explications, le guide prend congé et nous laisse découvrir par nous-mêmes le reste des installations… et là, quelle énorme surprise ! Un immense gouffre tout illuminé d’étranges éclairages s’ouvre sous nos pieds, une sorte d’aven géant au fond duquel l’eau noire d’un lac reflète les lumières. On pourrai se croire dans une aventure de Jules Vernes, ou dans l’usine atomique de Sbrodj en Syldavie, mâtinée de base secrète du Tibet de l’empereur Basam Damdu.

Nous descendons à pied les 26 volées de 13 marches que nous préférons à l’ascenseur pour atteindre le lac circulaire, un pont de bois même à une île qui sert d’embarcadère à de petits esquifs à rame, et pour 10 lei nous nous offrons une joie d’enfant à pagayer sur le lac, et à toucher les parois de sel, sur lesquelles s’est figée une immense cascade d’un blanc éclatant. Il fait frais, qu’est-ce qu’on est bien !

Plus haut, une salle trapézoïdale grande comme trois cathédrales domine en balcon le lac, elle abrite des boutiques, des tables de ping-pong, un bowling, une grande roue, le tout brillamment éclairé par les mêmes lampes suspendues. Une petite foule de visiteurs (dont des classes d’élèves en voyage scolaire) s’affaire, créant un brouhaha amplifié par l’écho de cette formidable caverne.

Des panneaux stipulent un peu partout que l’accès à ces merveilles est déconseillé aux personnes souffrants de problèmes cardiaques, ce que nous comprenons vite en remontant à pied les escaliers, pour cause de queue interminable à l’unique ascenseur qui dessert les lieux.

Nous retrouvons la surface et la chaleur et la fatigue du voyage, un instant oubliées. De retour à Cluj, Viorel a la bonne idée de nous emmener manger dans un centre commercial hyper-moderne et climatisé. On se croirait dans la ville souterraine de Montréal, une aile entière du gigantesque bâtiment est occupée par des restaurants proposant des cuisines de tous les pays du monde. Bien loin de l’idée qu’on pourrait se faire d’une Roumanie misérable et arriérée, nous sommes dans ce que l’Europe propose de plus moderne et futuriste, pour le meilleur et pour le pire : boutiques de luxe, fringues, chaussures, parfums, lunettes, électronique, téléphonie, informatique du dernier cri…

Voilà, c’est sur cette image que s’achève notre périple, Viorel nous accompagne à l’aéroport pour une dernière bière, adieux brefs pour éviter les larmes, et je m’endors dans l’avion avant même le décollage.

error: Content is protected !!