Le voyage culturel en Roumanie jour 4

Dimanche 31 mai :

Ventre vide et mal au crâne – sûrement les tripes -, après un petit café au bistrot du coin (le siège social est fermé le dimanche), je visite le musée minéralogique : c’est incroyable ! Les cristaux de Stibine (sulfure d’antimoine, Sb2S3) exposés proviennent tous des mines du coin (Baia Mare veut dire « Mine Grande »), exploitées depuis la nuit des temps pour l’or, le cinabre, le plomb, la barytine, le réalgar, la galène… Tous ces minéraux sont explosés dans de large vitrine et voisinent avec de beaux quartz, des améthystes, de la pyrite et de la chalcopyrite, de la marcassite… Le tout est accompagné d’explications simples et passionnantes.

En revanche, pas un moment sur la pollution au cyanure de janvier 2000, qui a tué tous les poissons de la Tisa jusqu’au Danube, ni sur la compagnie minière australienne qui s’est tirée en douce sans indemniser personne et sans être inquiétée après ce peu glorieux exploit.

(Viorel, responsable, entre autres casquettes, des écologistes de Transylvanie, me dira plus tard que l’accident a été sur-médiatisé sur le moment, mais que les risques persistent toujours, malgré les chinois qui ont racheté le bassin où décantent depuis quinze ans des centaines de milliers de tonnes de boue au cyanure pour en extraire l’or qu’elle contient en très faible quantité ; le cyanure était utilisé pour extraire l’or de la roche-mère).

Dix heures : nous partons à Tăuții Măgherăuș, où Alina, la compagne de Viorel, nous a préparé un petit déjeuner que nous prenons sur la pelouse, devant ses ateliers, avant de répéter dans son bureau : en effet, impossible de jouer dehors, c’est l’heure de la messe et ce serait vécu comme un blasphème, il y aurait d’ailleurs eu de quoi.

Pour midi, Alina a cuisiné deux grandes casseroles de sarmale, le plat traditionnel des jours de fête, c’est tellement bon que nous finissons tout. Malheureusement, ça nous a donné soif, et en Roumanie le dimanche la țuică coule à flot.

Nous arrivons tout penauds – car le sourcil gauche de Florian nous fait comprendre que nous sommes en retard – au kiosque du parc sous lequel sont installés les musiciens de la Fanfara et de la Stibina, sagement assis dans leurs tenues immaculées. Ils nous ont réservé des sièges à côté du kiosque, à l’ombre des grands arbres, les jardins sont remplis de familles de citadins endimanchés à la recherche d’un peu de fraîcheur dans cet après-midi torride, je me retrouve dans une ambiance irréelle des années 1900…

Florian m’invite à improviser un petit discours que notre interprète du jour, la gentille Caty, traduit au public. Caty est institutrice, elle a vécu plusieurs mois à Paris et à Dax, et participe à un programme d’échange d’élèves et d’enseignants européens. Elle rêve de venir s’installer en France…

Bière, fatigue, țuică, chaleur, l’Écho n’est pas au mieux de sa forme et Cristina stresse d’avoir accepté de chanter « mon amant de Saint-Jean » avec nous. Mais le public est compréhensif et curieux, n’hésitant pas à nous applaudir malgré tout, peut-être parce que nous avons le courage de braver le feu du ciel et de danser à découvert sur la piste cimentée qui nous brûle les pieds.

A la fin de la prestation, nous échangeons des cadeaux protocolaires. Je fais signe à Nucu, toujours aussi pressé, en pensant que je le reverrai ce soir chez Viorel, mais il ne viendra pas.

Retour à Tăuții, où nous attendons les enfants de la Stibina, qui arrivent avec leurs familles, déguisés en … Écho des Avens ! Quel hommage de les voir imiter nos accoutrements dépareillés, et rire beaucoup en découvrant mutuellement leurs tenues.

J’organise une répétition de « Vou Festejar », puis nous partons tous ensemble en cortège dans la rue de Tăuții, sans protection policière au début, où les voitures et les camions roulent à toute vitesse… Mais Dorina et Caty veillent au grain. Une voiture de flic finira par nous accompagner.

Au bout d’à peine 300 mètres de défilé – deux morceaux Stibina, dirigée à la canne par la petite « dirijor », et deux morceaux de l'Écho – première pause ; des victuailles et des boissons nous attendent sur une petite table dressée sur le trottoir. Quelle charmante attention !

Sat, qui n’est pourtant pas le dernier des manchots à la batterie, se fait mettre la mite par Florin qui part dans un incroyable shuffle sur sa caisse claire tout en assurant le tempo de l’autre main sur la grosse caisse. P’tit con, va !

Le retour s’opère dans un vacarme de catastrophe ferroviaire et dans un plaisant tohu-bohu, la joie des petits et de leurs parents fait plaisir à voir, tout le monde a bien chaud en retrouvant la pelouse de Viorel et ses invités. Parmi eux, un gras pope tout rouge paraît très à l’aise au milieu de ses ouailles, et ne se formalise pas de voir les parents (surtout les papas) se péter la ruche autour de lui, ça n’a pas l’air d’être un très gros péché au catalogue du Bon Dieu roumain, et d’ailleurs lui aussi il en goûte un peu, de la țuică

En revanche ça l’est pour celui de « Vou Festejar », malgré toute la bonne volonté des enfants (qui, eux, ne boivent pas d’alcool) pour le jouer juste. Bon, on dira que l’énergie y était…

Et puis la danse a commencé, les jeunes se sont mis en « hora » , et ça a duré toute la soirée, et c’était merveille que de voir ça, et les fanfarons trad de l’Écho les ont rejoints, et c’était beau, et simple, et naturel, et ça chantait, et ça tournait, en parfaite communion des cultures, et je me suis régalé comme jamais je ne m’étais régalé. Un jeune et prometteur saxophoniste de la Stibina a mis le feu en accompagnant les danseurs avec de longues phrases virevoltantes et ultra rapides, dans le style traditionnel le plus pur.

Un ami de Viorel me fait découvrir une « palinca », une prune de 30 ans d’âge à tomber par terre. Et l’Esprit Saint tombe sur moi en ce soir de Pentecôte orthodoxe (la « Rosalie », quelle joli nom…), j’ai une petite flamme sur la tête et je comprend toute les langues, et en particulier un peu le roumain, et l’anglais du jeune Florin, dont nous fêtons l’anniversaire, et à qui nous remettons des sous pour contribuer à l’achat d’une batterie.

Il est bien tard quand Alina et d’autres mamans nous ramènent à l’hôtel, le cœur encore en fête.

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