Tournee Tambourfanfare 2016 jour 3

Troisième jour de cette aventure

dimanche 11 décembre

Réveil aux chants des oiseaux, rythmés comme un ensemble de percussions africaines... Le jardin qui entourent les bâtiments est planté d'arbres et de sculptures faites de matériaux de récupération. La maison où a dormi une

Maison peul

partie de la troupe, celle des maîtres des lieux et les murs du théâtre sont enduits de terre et ont des formes arrondies, rappelant l'architecture traditionnelle des peuls.

Une jeune dame noire portant son enfant me salue d'un large sourire : c'est Patricia, la femme d'Alessandro, et la petite Ramata, dont le frère ainé, un grand garçon qui paraît avoir une dizaine d'année, se prénomme Zéno. Au petit déjeuner, Olivier et Patricia nous présentent leur association et ce lieu d'art et de culture communautaire, « Djaram'Art », que Ndigueul a connu grâce à

Théâtre

Théâtre

Charlotte, qui est venue jouer là pendant les vacances de la Tousssaint. Je comprends qu'elle ait pu être emballée !

L'association gère aussi une école primaire... Pour le dire vite :

« Djarama, signifie « Bonjour et merci » en Peul. En 2005, après vingt ans d’expériences dans le théâtre jeune public, Patricia Gomis décide de fonder l’association Djarama, au regard du désert culturel auquel est confronté la jeunesse. Elle s’entoure de différents acteurs de la scène culturelle et de moniteurs de collectivités éducatives afin de répondre à un objectif : Défendre l’accès à la culture et à l’éducation pour la jeunesse.C’est par la création et la diffusion de spectacles, la formation, l’organisation d’échanges et de rencontres artistiques et culturelles, de stages, d’ateliers, séminaires, festivals, activités tant nationales qu’internationales que l’association entend réaliser ses projets. Elle cherche à construire un modèle de vie

C'est par où ?

alternatif pour et avec la communauté, en intégrant l’agriculture biologique, l’autonomie alimentaire, l’énergie alternative et renouvelable ainsi que le développement individuel de toutes les personnes à travers l’art, la culture et l’éducation formelle.
L’association axe son travail sur quatre programmes principaux:
• La compagnie de théâtre Djarama
• Le Pôle Culturel Djaram’Arts
• Les écoles
• Le festival Djaram’Art ».

Formidable, non ? Et le plus fort, c'est que ça a l'air de marcher... Il faut que j'en parler à Nicolas du P'tit Vélo et à tous ceux qui seraient intéressés par une résidence au Sénégal. L'école, un peu à l'écart, a été construite en paille recouverte de terre, et les fondations sont faites avec des pneus.

Après le petit déjeuner, nous partons en bus pour le village voisin de Toubab Dialaw. Charger et décharger

Rue du village

les instruments et les tambours nous prend à chaque fois beaucoup de temps, et il fait déjà bien chaud quand nous commençons à descendre les petites rues sableuses en jouant. Mamadou le cameraman se perche sur une terrasse et nous devons recommencer la prise - en vain semble-t-il, car quelque chose a cloché et ça n'a pas marché, ce qui lui vaudra une copieuse engueulade par Ndigueul.

Le village a l'air très pauvre, mais il est assez propre. Nous arrivons sur une petite place de bâtiments bien construits, ce sont des hôtels pour les touristes - on n'en voit pas beaucoup d'ailleurs.

Hôtel à touristes

Nous apprenons que quelqu'un vient de se noyer, dont on n'a pas retrouvé le corps, et qu'il faut éviter de jouer dans l'espace public. Nous négocions de nous installer dans la cour d'un hôtel, tenu par un riche haïtien, pour deux ou trois morceaux bien envoyés. Le Ngueweul Rythme a bouffé du lion !

Nous remontons tranquillement à Djaram'Art, et pendant le repas nous organisons le « stage » de l'après-midi, qui se déroulera sur quatre spots, à l'ombre des arbres, entre lesquels le public sera invité à déambuler pour découvrir, en sessions de 20 minutes, les instruments et le fonctionnement de la Tambourfanfare,

Stage TambourFanfare

illustrés par notre arrangement de « Fatou yo ». Sous le premier arbre, nous présentons l'histoire de la fanfare, les trompettes, les saxhorns et les percussions toubabs, et les paroles de notre morceau pédagogique. Sous le deuxième ce sont les anches qui prennent le relai. Les soubas, renforcés par Daniel, s'installent à l'ombre devant le théâtre. Enfin, le moment fort est celui de la présentation des percussions par le Ngueweul, qui fait participer les enfants. Le public n'est pas très nombreux, pour cause de gamou (beaucoup de familles sont parties pour le week-end prolongé d'un lundi férié), mais attentif.

Après le stage vient le concert sur scène, dans le théâtre. L'acoustique est excellente et nous permet une installation frontale, percussions devant les soubas, cuivres à droite et anches à gauche. Tout cela commence à bien ronfler. Sans nous concerter, nous alternons des morceaux tambourfanfares et des moments de percussions avec le Ngueweul seul. Cela dure une heure, les ombres s'allongent, et je finis sur les rotules, les lèvres en 6/8, devant un public choisi -

Juste avant le concert

les stagiaires de l'après-midi, quelques couples mixtes ou sénégalais, et une très grande dame de la danse contemporaine africaine, Germaine Nacobi, que Ndigueul est fier d'inviter sur la scène pour la photographie finale.

Une petite Flag plus tard, à la nuit tombée, il faut boucler les bagages, charger le bus et reprendre la route après des adieux émouvants à cette extraordinaire petite équipe de Djarama.

Nous craignions des embouteillages, car nombreux sont les fidèles à se rendre qui à Tivaouane, qui à Touba, pour les cérémonies qui marquent l'anniversaire de la naissance du Prophète (le « Gamou », l'équivalent de notre Noël) - dont la date exacte n'est fixée que depuis peu par les astrologues du calendrier lunaire musulman (comme c'est le cas pour le début du Ramadan, par exemple), ce qui a perturbé les plans de Ndigueul.

C'est par où ? ah oui tout droit

Mais nous prenons des chemins de traverse, impeccablement goudronnés et quasiment déserts, en passant près de la côte par les Niayes, Mboro (la ville préférée d'Alassane au Sénégal, dont j'ai gardé un si bon souvenir), la « route du Zircon » et les dunes, jusqu'à Kébémer, où nous nous installons dans la maison de Ndigueul (« quartier Mbassine »), qui vire sa famille pour nous recevoir, en pleine nuit !

Le repas

Un repas nous est servi sur la terrasse, il a eu le temps de refroidir , mais la soirée n'est pas terminée ; nous revêtons nos belles tenues d'apparat (que le tailleur a déjà retouchées) et nous nous rendons sous l'immense tente illuminée où des centaines de personnes assistent à la cérémonie, assises sur des chaises en plastique - les femmes à gauche, les hommes à droite, et la brochette de toubabs devant les hommes, aux places d'honneur, sous l'oeil du Khalife affalé dans sa tribune, au milieu des notables religieux tout de blanc vêtus. Il est impressionnant sous sous fez et son turban, le visage entièrement caché par une écharpe et de grosses lunettes noires à la Khadafi... Mais Ndigueul en parle comme d'un brave homme, très accessible, dont il a le privilège d'être le chauffeur occasionnel.

Les cousines

Quand nous arrivons, un groupe de trois chanteurs juchés sur la petite scène est en train de psalmodier des sourates, accompagnés par sept tabalas - les tambours sacrés des Maures - parmi lesquels notre Aba. C'est beau et envoûtant, et ça nous rappelle de sacrés souvenirs, à Emma et moi. Des « sokhna » aux gros derrières, maquillées comme des sapins de Noël, vont et viennent dans un véritable défilé de mode porter des billets aux chanteurs - moussors excentriques, couleurs chatoyantes, certaines esquissent un petit pas de danse, elles sont visiblement là pour se montrer. D'autres se lèvent de leurs chaises et dansent sur place, en transe (ambiance messe gospel des églises baptistes du Mississippi, le parallèle s'impose...).

Puis vient le tour de Pape Sow Djimbira, Ndigueul prend la direction des tabalas (c'est avec ce chanteur qu'il est allé jouer, avec Aba, à l'Institut du Monde Arabe de Paris à l'occasion d'un festival de musique soufie), un groupe

Les Terribles

de quatre choristes masculins chante les répons sur des harmonies primaires (tierce majeure, quinte et septième), c'est magnifique, les transes reprennent de plus belle dans les rangs des dames, et moi-même je n'en suis pas très loin, malgré la fatigue accumulée. La prière « la ila allah lilah » se prête parfaitement à de longues improvisations vocales. Nous sommes filmés pour la télé (la chaîne culturelle de Youssou Ndour), et le cameraman doit réveiller Popo qui s'est endormi sur son siège.

La flag

C'est la fin de la prestation de Pape Sow, il est trois heures du matin, nous n'avons pas la résistance de nos amis sénégalais et nous sommes tous crevés ; un prédicateur monte sur la scène et nous profitons de son sermon pour prendre congé comme des malpropres de toubabs pas polis, aussitôt rejoints par Aba qui nous raccompagne jusqu'à la maison, et qui reviendra prendre son poste au tabala jusqu'au bout de la nuit.

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