Tournee Tambourfanfare 2016 jour 6

Sixième jour de cette aventure

mercredi 14 décembre

Le camp de base

La nuit a été fraîche, et j'ai regretté mon duvet, laissé dans le car... Je ne dors pas beaucoup, et quand l'aurore aux doigts de rose blanchit l'horizon, je réveille Philippe et Emma qui veulent eux aussi profiter du lever du soleil sur les dunes du désert. Avec en prime, un splendide coucher de lune, juste en face de l'astre du jour, à l'ouest. Les premiers rayons font chanter les couleurs du sable fin et frais, c'est beau comme une carte postale et ma chérie me manque.

 

P'ti déj

Au petit déjeuner, bêtement occidental, beurre et confiture, pas de café touba ni de chocopain ni de vache-qui-rit, snif...

Nous quittons sans regret ce bel endroit trop civilisé pour retrouver notre car. J'ai eu le malheur d'avouer une petite envie de vin de palme : Ndigueul envoie Bouba en taxi m'en chercher une bonbonne chez la communauté des Diolas de Lompoul, avec Philippe je serai un des rares fanfarons à apprécier ce divin breuvage, dont la saveur change de jour en jour en fonction des mystères de sa fermentation.

Salle de gym?

Pendant ce temps-là, Ndigueul me montre la maison du petit-fils de Cheikh Ibra Fall, le fondateur de la confrérie des Baayfall. Et le hasard veut qu'on Le croise en personne, sortant de chez Lui pour monter dans Sa voiture, entourée de dévots disciples qui s'agenouillent en Lui parlant, aussitôt imités par les baayfalls du Ngueweul, et j'ai même l'honneur (sans avoir à m'agenouiller) de Lui serrer la main, après avoir été présenté par Ndigueul. Il nous bénit tous avant de demander à Son chauffeur de démarrer. Waouh ! La baraka est sur moi.

Luxe de l'eau chaude

J'appelle Aziz de Kébémer, pour lui dire que nous n'aurons pas le temps de nous arrêter à Louga pour le voir. Toujours aussi jovial, il m'annonce sa prochaine visite à Comprégnac en 2017, je crois comprendre qu'il est à la retraite. Il me demande de parler aux Michelutti de l'enseignante de ses fils, opérée sans succès d'une sciatique paralysante... Dinaa ko def, ça sera fait !

C'est pas vrai : la douche est chaude !

 

Le pont de fer

Route de Saint-Louis, je suis en terrain connu... Mais je reconnais à peine l'entrée dans la ville, le pont Faidherbe a été repeint en gris, et il n'y a plus de mendiants pour assaillir le toubab dans les rues de l'île.

paisible traversee

Pas mal de maisons délabrées, mais d'autres sont bien restaurées, et je ne retrouve plus cette impression de saleté de mes premières visites.

 

 

 

 

Beau le Stout

Nous sommes hébergés dans un coquet appartement pas loin du centre, les murs du salon sont peints en bleu, un grand lit à baldaquin trône dans un coin de la pièce. Il y a de l'eau au robinet et à la douche de la salle de bain. Vers 15 heures, on nous apporte un excellent ceebu-jën, préparé par Codou, une jolie cousine de Ndigueul, pas farouche du tout, qui nous explique qu'elle aimerait voyager librement et venir faire du « bizness » en France.

où est stout?

Elle est vêtue d'une belle tenue traditionnelle, avec un mignon petit moussor de signare sur la tête. Mais au repas du soir elle reviendra en jogging de marque rouge pétard, et beaucoup de messieurs de l'assemblée ne resteront pas insensibles à ses charmes.

 

 

Poum's legend

Quartier libre jusqu'au repas du soir, nous en profitons pour visiter la ville.

Je vais avec Julien jusqu'à l'hôpital, pour prendre des nouvelles de mon collègue psychiatre Wade Seck, et peut-être le rencontrer : hélas, un gardien nous apprend que son père vient de mourir – le jour du gamou – et qu'il a du s'absenter. Nous retournons vers la Gouvernance et le petit jardin public de la place Faidherbe.

Sitôt passé le pont sur le petit bras du Sénégal, je retrouve la misère et la pauvreté des faubourgs de la Langue de Barbarie, loin des quartiers chics. Sur la place des gamins en haillons jouent au foot avec un petit ballon. La plage a été nettoyée sur quelques dizaines de mètre, mais Yann, qui revient d'un grand tour entre les pirogues posées sur le sable devant la place, nous brosse un portrait réaliste et peu ragoûtant de ce qu'il a vu plus loin (brebis crevée, restes de poissons et ordures variées).

 

Rues de la ville

Nous sommes abordés par un gentil monsieur qui a juste envie de discuter. Nous sympathisons vite, et il nous raconte sa terrible histoire de pêcheur pauvre tenté par l'émigration clandestine en 2002, le départ en pirogue de Saint-Louis, les gens qui mouraient pendant la traversée, le sauvetage in extremis par la marine espagnole en arrivant aux Canaries, l'expulsion et le retour peu glorieux au pays... Il est tout ému et nous remercie de l'avoir écouté jusqu'au bout, ce qui n'est pas courant chez les toubabs « si arrogants d'habitude », nous dit-il.

Je te vois

Mis en confiance, il nous demande un petit service : lui acheter un peu de lait pour ses enfants, car il n'a pas de sous, la pêche ne rapporte rien en ce moment à cause des gros chalutiers de plus en plus nombreux à venir piller les fonds marins au large du Sénégal... Nous acceptons avec empressement, et je dois dire la larme à l’œil. Il s'appelle Mokhtar, et nous remercie du fond du cœur avant de repartir dignement, son petit paquet sous le bras.

 

Et tout cela à renter dans le car

Peut-être que cette histoire n'est pas la sienne, et qu'il l'a racontée pour nous apitoyer ... Mais c'est celle de tant de pauvres gens qu'elle suinte de vérité. Mokhtar nous a appris que l'émigration clandestine avait commencé à diminuer à partir des années 2004/2005, les sénégalais prenant conscience du danger encouru après beaucoup de drames de la mer. Et d'autres nous diront qu'ils n'ont pas du tout envie de partir en France, un pays si dangereux où les terroristes commettent d'horribles attentats. Oui, le monde a bien changé depuis notre première visite de novembre 2001.

 

Gazelle ou Flag ?

Les lumières de la ville s'allument et nous allons boire une bière à la terrasse du bar de l'hôtel de la Poste, dans les gaz d'échappement des embouteillages de la sortie des bureaux. Après un nouveau repas tardif dans l'appartement bleu, certains décident de partir en goguette dans la nuit Saint-Louisienne.

Babadasan a trouvé des sandales

Mais à minuit les bars de la Poste et de l'Embuscade ferment, les biéreux assoiffés n'ont pas d'autre choix que le night-club en face du Flamengo, avec sa sono et son portrait de Lénine et Staline accroché au mur avec la légende « CCCP ».

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